Instinct de survie, premier film sur la postapocalypse nucléaire

Le film Instinct de survie débute par une guerre nucléaire qui anéantit presque toute forme de vie sur Terre. Toutefois quelques survivants parviennent à rejoindre un ranch isolé possédé par Rick et Louise Maddison. Jim, le père de Louise, à construit cette demeure en prévision d’une apocalypse nucléaire. Elle est ainsi entourée de collines contenant du fer, protégeant des radiations, et des rivières traversent la vallée. Il dispose de réserves de nourriture pour plusieurs mois pour trois personnes et s’oppose à l’idée d’accueillir les rescapés de la catastrophe. Toutefois, sa fille insiste, ne pouvant se résoudre à voir son père utiliser son arme contre eux. Un couple est particulièrement agressif et menace l’autorité du père, qui souhaite diriger le groupe. Par ailleurs, un vieil homme et un âne font partie de la communauté. De plus, Radek est un homme victime des radiations, au visage très marqué. Il se révèle bientôt être un mutant, qui sort la nuit pour tuer des lapins et se nourrir de leur viande crue. Sa mutation s’accélère et il devient cannibale. Il est recueilli par une communauté de survivants qui sont devenus des monstres. Cette situation rappelle à Jim une expérience réalisée pendant qu’il était dans l’armée à l’occasion de tests de la bombe H. Certains animaux avaient survécu à l’explosion et avaient développé une peau métallique, produit d’une accélération de l’évolution. L’expérience de Matsuo avait donc révélé que la bombe atomique et les radiations pouvaient provoquer des mutations génétiques monstrueuses. Les survivants tentent d’éliminer Radek qui constitue une menace pour leur sécurité, ainsi que d’autres mutants, qui rôdent dans les environs. Toutefois, ils sont sauvés par un miracle venu du ciel, car une pluie pure commence à tomber, éliminant les radiations des mutants, ce qui les tue.

Ce film est un des premiers du genre post-apocalyptique traitant de la guerre nucléaire. Il fut suivi en 1957 par Le Dernier Rivage, ou encore par La planète des singes. Le film Instinct de survie s’inscrit dans le contexte particulier de l’invention de la bombe H dans les années 1950. Cette arme particulièrement destructrice entraina l’émergence d’un imaginaire populaire foisonnant, avec notamment la crainte de la fin du monde en raison d’une guerre entre les superpuissances soviétiques et américaines. La crainte de l’hiver nucléaire émergea d’ailleurs à cette époque. Ce type d’œuvre cristallise les craintes de la société vis-à-vis de  l’arme atomique, et contribue aussi à diffuser des imaginaires et des représentations susceptibles d’accroitre ces peurs dans la population.

La fin du film est toutefois positive, puisque l’apocalypse nucléaire est temporaire, Dieu semblant se montrer clément avec une humanité dont seul un couple amoureux parviendra à survivre, échappant notamment aux monstres. Ces derniers, produits par les radiations, incarnent la menace ultime émanant d’une catastrophe atomique. Le film montre que l’humanité pourrait changer de forme, s’adapter à un nouvel environnement en cas de guerre nucléaire. Certains individus pourraient s’adapter et prendre la forme de mutants, appelés à prendre le relai de l’humanité sur une Terre ravagée. Le film propose d’imaginer les conditions de survie de l’espèce humaine en cas de conflit nucléaire. Il donne à voir la situation catastrophique et anxiogène émanant d’un tel cataclysme. Ainsi, le cinéma a peut-être généré une prise de conscience collective de la menace que constituaient ces armes pour la survie même de l’humanité. Les films de série B ont toutefois eu un impact modéré sur les mentalités, tout en contribuant à la création d’une vision du futur impactant le comportement des acteurs. Notons toutefois que les imaginaires dominants concernant le nucléaire appartenaient à l’époque aux militaires et aux scientifiques, qui concevaient les technologies les plus destructrices afin d’asseoir la domination d’un bloc sur les autres. Le film Instinct de survie est donc le symptôme d’une société envisageant sa disparition sous l’impact de l’arme nucléaire. Les personnes les plus vertueuses échappent à la mort, aidées par Dieu. La morale semble être que l’humanité corrompue sera détruite par ses armes les plus destructrices, mais que quelques survivants seront appelés à repeupler la Terre miraculeusement.

Thomas Michaud

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