S1mone, anticipation du culte des actrices virtuelles

Dans le film S1mone, sorti en 2002, Viktor Taransky est un réalisateur qui doit admettre le départ de son actrice vedette chez ses concurrents. Ne pouvant se résoudre à abandonner son projet de film, il prend connaissance de l’existence d’un programme informatique permettant de créer des acteurs virtuels parfaitement réalistes. Il se met au travail et sort un film qui rencontre immédiatement un succès planétaire, porté par une actrice vedette, Simone, qui fascine le grand public et la critique internationale. Taransky doit dès lors dissimuler son mensonge et la virtualité de son héroïne. Il entretient l’idée qu’elle est une actrice réelle, mais agoraphobe et ne souhaitant pas se présenter en public. Les observateurs sont sceptiques et demandent des preuves de l’existence de l’actrice. Des interviews sont organisées, mais un jour, Taransky décide de détruire se créature avec un virus informatique et de jeter toute preuve de ce programme en les jetant à la mer. Il organise même un enterrement pour faire croire au décès de l’actrice. Mais les policiers ouvrent le cercueil et se rendent compte de la supercherie. Toutefois, au lieu d’être accusé d’avoir créé une actrice virtuelle et d’avoir faire croire au monde sa réalité physique, il est accusé d’avoir assassiné Simone. Heureusement, la fille de Taransky parvient à recréer l’actrice virtuelle, ce qui permet de libérer son père. Devant l’impossibilité de faire prendre conscience au grand public que Simone n’est qu’un programme virtuel, Taransky, sa femme et sa fille décident de prolonger encore la supercherie en créant d’autres acteurs, et en lançant Simone en politique.

Le film anticipait l’ère des acteurs virtuels qui est depuis devenue une pratique commune. À l’ère des deepfakes, Bruce Willis a même signé en septembre 2022 un contrat donnant l’autorisation d’utiliser son image pour jouer dans des films malgré sa maladie et même après sa mort. L’ère des acteurs virtuels prendra la suite de la mode des images de synthèse qui ont notamment permis de faire revivre les dinosaures dans Jurassic Park ou de créer des milliers de personnages dans Le Seigneur des Anneaux. Les avatars aussi donnent naissance à des acteurs dans le métavers. Leur ressemblance avec des personnages réels est un enjeu pour les innovateurs, et les technologies permettant de créer des acteurs virtuels pourraient permettre d’optimiser ces personnages. De même, il est possible d’imaginer que des deepfakes, ou des acteurs virtuels, pilotés par des individus et mus par une intelligence artificielle, prennent la place des humains dans la gestion d’entreprise ou la communication de décideurs politiques. Ainsi la perfection de ces êtres permettrait d’éviter les erreurs des humains, dans un monde dans lequel le virtuel aurait pris la place du réel dans les priorités des citoyens et des consommateurs. Il est même suggéré que dans le métavers, les hommes et femmes politiques puissent manipuler leur image pour ressembler physiquement aux citoyens potentiels, dans la mesure où il est prouvé que les individus sont plus enclins à voter pour des personnes à l’apparence similaire à la leur. L’ère des deepfakes s’apprête à modifier les rapports de l’humanité au réel. Les acteurs virtuels sont amenés non seulement à révolutionner le cinéma, mais aussi l’image que les individus transmettront d’eux-mêmes dans les mondes virtuels. À l’heure où un grand nombre de personnes veulent devenir des stars, il est probable que les acteurs virtuels deviennent la norme dans le métavers, et que les avatars présentent une version améliorée, voire idéalisée, des utilisateurs lambda, enclins à dépasser des sommes toujours plus élevées pour acquérir une identité virtuelle parfaite.

Thomas Michaud

Laisser un commentaire

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close