Evolver, critique d’une société ultraviolente où des robots tueurs sont destinés aux enfants

Evolver, États-Unis, 1995

Un adolescent Kyle Baxter est très doué pour les jeux vidéo. Il passe son temps dans une salle de jeux en réalité virtuelle où il essaie de remporter un robot nommé Evolver. Ce gain est offert par une entreprise d’électronique qui souhaite en faire un jouet populaire à destination des enfants. Après avoir trafiqué les résultats du concours en piratant le site de l’entreprise, Kyle reçoit chez lui la machine, qu’il peut expérimenter avec ses amis et sa petite sœur. Il s’agit d’un robot capable de se mouvoir dans la maison, et de lancer des projectiles sur les joueurs, qualifiés d’ennemis. Ces derniers sont équipés de révolvers qu’ils doivent utiliser contre le robot pour tenter de le neutraliser. Rapidement, le jouet devient une arme de guerre. Il s’attaque d’abord à un adolescent du lycée de Kyle, qu’il parvient à tuer. Puis, il s’en prend à son meilleur ami, Zack, qui comprend que le jouet est en fait une technologie militaire mise au point par un certain Docteur Bennett. À l’origine, il fut expérimenté sur un champ de bataille et devait servir à infiltrer les champs de bataille ennemis, équipé de napalm et de gaz, ainsi que de nombreuses autres armes. Après avoir abattu de nombreux soldats américains, le projet fut arrêté, mais le Dr Bennett l’a prolongé dans ce jouet. Il faut alors que Kyle affronte le robot, frôle la mort, et finisse par le faire exploser afin d’éviter qu’il tue sa mère et sa petite sœur.

Le film est une nouvelle représentation d’un robot démoniaque, présenté comme un jouet initialement, mais finalement une arme de guerre terrifiante s’en prenant à des enfants et à des adolescents. Il montre que certains jouets sont aussi des artefacts d’armes de guerre. Si de nombreux jeux tendent à reproduire des armes et contribuent à militariser les jeux enfantins, cette tendance révèle l’ultraviolence d’une société américaine dans laquelle la technologie est au service de relations sociales conflictuelles, reposant sur le recours aux armes à feu de plus en plus fréquemment. Les robots sont censés être au service de l’humanité, un peu comme des esclaves contemporains. Les utilisateurs doivent pouvoir les arrêter selon leur bon vouloir. Mais Evolver se révèle rapidement autonome. Il se charge tout seul, se réactive sans en recevoir l’ordre et est guidé par son programme militaire, SWORD, qui le pousse à éliminer physiquement ses adversaires.

Evolver était pourtant présenté comme un robot domestique. Mais la mère de famille devient rapidement sceptique devant l’intérêt d’un tel compagnon quand celui-ci commence à s’exprimer agressivement. Il s’agit d’une représentation négative de la robotique, puisque le film est classé dans la catégorie de la science-fiction horrifique. Il est probable qu’une telle fiction a contribué à alimenter une certaine technophobie à l’encontre de la robotique, incitant aussi à poser des limites éthiques à l’innovation dans ce secteur technologique, incitant notamment à éviter de créer des robots militaires, ou à vocation violente. Le jeu initial aurait du demeurer du registre du divertissement familial. Mais un dysfonctionnement fait du robot un danger pour toute la famille et pour la ville, puisqu’il s’attaque à toute la population, tuant même son créateur en provoquant l’accident de la camionnette qui devait le mener au laboratoire pour être reprogrammé après avoir tenté de tuer la sœur de Kyle.

Le film met en scène un jeune passionné de technologie, sorte de hacker surdoué, qui se trouve confronté à un robot infernal. Une scène montre des jeunes dans une salle de jeux en réalité virtuelle jouant à lutter contre une simulation d’Evolver. Toutefois, le robot bien réel y pénètre et se met à les éliminer en les électrocutant. Les joueurs semblent rattrapés par un principe de réalité, la mort dans le virtuel se traduisant par un décès bien réel.

Ce film de série B, appartenant à la catégorie des nanars, a le mérite de proposer une représentation négative du futur de la réalité virtuelle et de la robotique. Si l’influence de ce type de film demeure marginale sur la sphère économique, ces fictions n’en restent pas moins des distractions pour adolescents et fans de films d’horreur. Une telle fiction contribue à alimenter le mythe du robot rebelle, dont le récit le plus influent fut Terminator. D’ailleurs, Evolver est surnommé Terminator dans un dialogue du film. Ces visions négatives de la robotique ont probablement alimenté une certaine technophobie qui, plus que retarder le processus d’innovation, l’a orienté vers une dimension plus éthique, poussant le grand public à mettre la pression sur les ingénieurs pour qu’ils évitent de mettre leur connaissance au service de la réalisation de telles visions. Dans ce cas, la science-fiction a une fonction d’a-performativité, en incitant les spectateurs à prendre conscience des dangers de certaines innovations à portée de main, et en créant des limites morales et éthiques à leur apparition.

Thomas Michaud

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