La mouche noire, le film qui a inventé la téléportation

Le film débute par une scène de meurtre. Hélène Delambre admet qu’elle a assassiné son mari André en lui écrasant la tête avec une presse dans son usine. Elle doit avouer qu’elle n’a pas vraiment eu le choix, et que ce drame résulte en fait d’une demande d’André, à qui il est arrivé malheur et qui n’avait plus d’autres solutions que le suicide. Savant inventeur, il avait en effet réussi à mettre au point une machine capable de désintégrer et de réintégrer la matière. Très fier de cette technologie, il la montre à sa femme et lui explique qu’il s’agit d’une invention révolutionnaire, qui permettra de lutter contre la pauvreté en transportant par exemple d’un endroit à l’autre de la planète les surplus alimentaires. Il imagine de telles machines situées un peu partout sur Terre et même sur d’autres astres, promettant une présence humaine interplanétaire. La première expérience n’est qu’un demi-succès puisqu’un cendrier est bien téléporté (le terme n’est jamais utilisé), mais les motifs sont imprimés à l’envers. André travaille à perfectionner sa machine, mais lorsqu’il veut téléporter son chat, celui-ci ne réapparait pas de l’autre côté de la pièce. Puis, après une expérience réussie sur un rongeur, il décide de tenter de se téléporter lui-même. Mais une mouche se glisse dans l’appareil, ce qui provoque la fusion des deux êtres. André se retrouve avec une tête et une main de mouche, et la mouche est dotée de la tête d’André. Il faut retrouver la mouche à tête blanche pour la repositionner avec André dans la machine afin que les deux êtres retrouvent leur apparence normale. Mais Hélène ne parvient pas à capturer la mouche, et André dégénère, devenant un monstre, mi-homme, mi-mouche. Il demande à être tué. Lorsqu’Hélène raconte son histoire à l’inspecteur chargé de l’enquête, celui-ci la croit folle et demande son internement psychiatrique, afin d’éviter qu’elle s’en prenne à son fils. Mais ce dernier avertit son oncle, proche de l’enquête, de la présence de la mouche à tête blanche dans une toile d’araignée dans le jardin, prête à être dévorée. L’inspecteur Charas écrase la mouche avec une pierre, mais constate qu’elle a bien la tête d’André, prenant conscience qu’Hélène n’est pas folle, mais prise dans une histoire qui dépasse l’entendement.

Le film est une adaptation d’une nouvelle de George Langelaan. Il est un des premiers à mettre en scène un téléporteur, technologie qui fit par la suite le succès de la série Star Trek. Le film a eu deux suites, Le Retour de la mouche (1959) et La Malédiction de la mouche (1965). Il a fait l’objet d’un remake célèbre de David Cronenberg, La Mouche (1986). Cette fiction contribua à construire la mythologie d’un secteur scientifique qui ne connait que peu de développements pratiques. La téléportation demeure une technologie utopique et ne suscite que peu de recherches. Pourtant, une telle innovation révolutionnerait l’économie des transports, rendant obsolètes voitures, avions, trains et bateaux.

Dans le film, Hélène n’est pas prise au sérieux quand elle raconte son histoire, l’Inspecteur ne croyant pas à la science-fiction, assimilée à un discours psychopathologique servant à justifier un crime. La technologie de téléportation est mise en scène  à plusieurs reprises dans le film, puis finalement détruite par son inventeur, qui y voit un danger pour l’humanité. Si le scientifique avait une foi immodérée dans la connaissance et pensait qu’elle pouvait changer le monde, ne tenant pas compte du scepticisme de sa femme, il doit pourtant se rendre à l’évidence qu’une erreur dans sa quête du savoir le mène à une situation désespérée. Le film montre les dérives de la science et de l’ambition d’un chercheur qui sacrifie sa vie de famille dans sa quête de la machine ultime. Le savant n’est pas fou, mais se transforme en monstre à cause de son invention. La science semble rendre monstrueux ceux qui la développent et les mener à la perdition.

Il n’en reste pas moins que l’on retiendra de ce film la technologie utopique, qui bien que détruite à la fin, est fort prometteuse et fait rêver le spectateur des applications possibles d’une telle innovation.

Thomas Michaud

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