Avatar 2: Quelle conquête du cosmos par l’humanité?

Ce film à gros budget propose des images spectaculaires de la planète Pandora, à la végétation luxuriante et à l’environnement naturel exceptionnel. L’action se déroule dix ans après la fin du premier épisode. Jake et sa compagne ont eu plusieurs enfants et ont une vie paisible et heureuse dans leur tribu. Toutefois, un jour, une flotte d’engins spatiaux venant de la Terre arrive sur Pandora et dévaste tout sur son passage. L’objectif des colons n’est plus seulement d’exploiter les ressources naturelles, mais de s’emparer de la planète entière pour en faire le lieu de vie pour l’humanité, qui cherche à quitter une Terre agonisante. Pour réaliser cet objectif, les humains cherchent à éliminer Jake, chef de la rébellion Na’vi contre ses anciens chefs. À la tête de l’escouade de recombinés chargée de cette mission, c’est-à-dire des avatars Na’vis équipés de souvenirs de soldats décédés, se trouve le colonel Quaritch, qui avait sauvegardé sa mémoire et sa personnalité avant de perdre la vie dans la bataille finale du premier opus de la saga.

S’ensuit une fuite de Jake et sa famille loin de leur tribu, pour échapper aux militaires recombinés. Ils trouvent l’asile auprès d’un peuple des mers, les Metkayina, qui leur inculquent leurs us et coutumes. L’intégration des enfants se fait dans la douleur, et Lo’ak, un des fils de Jake, manque de perdre la vie lors d’une partie de pêche. Il est sauvé de la noyade par Payakan, un tulkun paria de son espèce de cétacés intelligents avec lesquels les Metkayina ont des relations spirituelles.

Quaritch finit par retrouver la trace des fugitifs, mais devant la résistance de leur tribu d’accueil à dévoiler le lieu de leur cache, il décide de mener une chasse aux tulkuns afin de provoquer la haine des Metkayina. Les chasseurs traquent les tulkuns sur un baleinier et s’intéressent à une substance qui se trouve dans leur cerveau, nommée amrita, et qui a pour vertu de stopper le vieillissement humain. Elle se monnaie à prix d’or et justifie une traque intensive dans les eaux de Pandora.

Lorsque Jake cherche à récupérer ses enfants capturés par Quaritch, il est aidé par le tulkun Payakan, qui jaillit hors de l’eau et s’écrase sur le baleinier, causant de nombreuses victimes et des dégâts importants. L’animal avait été banni de son clan, car il avait manifesté de l’agressivité à la suite du meurtre de sa mère par les chasseurs. Or, le crime est strictement interdit par son espèce.

Après une longue scène de combat, Jake se débarrasse de Quaritch, qu’il croit avoir réussi à tuer. Mais son fils, Spider, un petit humain qui a été élevé par Jake après le départ des humains dix ans plus tôt en raison de l’impossibilité de cryogéniser les nouveau-nés, lui sauve la vie. Le film se termine par l’adoption de la famille de Jake par le peuple de l’eau, sans que les humains soient vaincus. Quaritch parvient à s’enfuir, annonçant d’autres combats à venir pour la conquête de Pandora.

Avatar 2 est avant tout l’histoire de la traque du chef de la rébellion par les humains. Même si la cause de Jake semble noble, il est avant tout un traitre de l’humanité. Il s’est rallié aux Na’vis par amour pour l’une de leurs membres, et a fortement contrarié les plans de l’humanité d’exploiter Pandora. Le plan de colonisation de l’espace humain est toutefois une question de survie, dans la mesure où la Terre ne peut plus assurer la survie de l’humanité, présentée comme une espèce prédatrice pour les Na’vis, qui ne souhaitent rien concéder de leur planète aux ambitions jugées démesurées et inappropriées de l’humanité. Dans cette saga, les extraterrestres sont présentés comme les victimes d’une humanité prédatrice, prenant la place tenue pas les aliens souvent d’apparence immonde des films se déroulant dans l’espace. Avatar est original, car il présente l’humanité sous un angle négatif, la colonisation spatiale comme un péril immoral et un danger pour la préservation des écosystèmes extraterrestres. Un tel film témoigne du courant idéologique issu de l’écologie politique visant à critique l’anthropocène pour les dégâts importants causés à la nature. Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis que le réchauffement climatique démontre les nuisances importantes de l’action humaine sur son environnement, de plus en plus d’acteurs critiquent les conséquences du système militaro-industriel capitaliste sur la nature. La critique écologiste de l’anthropocène pousse les plus radicaux à souhaiter la disparition de l’humanité pour préserver la nature.

La saga Avatar diffuse un message en faveur de cette critique d’une humanité tirant sa supériorité, mais aussi la faiblesse qui la pousse à détruire les environnements qu’elle aborde, de la technoscience. Si Avatar renvoyait à une critique de la déforestation, Avatar 2 regrette l’exploitation des fonds marins et la chasse aux baleines.

Toutefois, le film n’est pas une critique radicale poussant le spectateur à regretter d’être humain. Les héros sont en effet des êtres hybrides, mi-Na’vis, mi-humains. L’histoire suggère qu’à l’heure de la colonisation des autres planètes, il conviendra d’opter pour une posture non colonisatrice, et envisager plutôt une assimilation de l’humanité par les peuples autochtones. La saga Avatar oppose une humanité qui cherche à imposer un modèle qui l’a déjà mené à la destruction de la Terre, à une autre humanité, consciente de la nécessité de respecter les Na’vis, leur culture complexe et leur sens très développé du respect des écosystèmes.

Le sociologue Gérald Bronner a jugé dans une chronique dans L’Express qu’Avatar 2 était un film antihumain. Les conservateurs américains jugèrent le premier film contraire aux intérêts économiques et militaires américains. La science-fiction est un genre souvent subversif, dont les héros sont souvent des opposants au système dominant. Avatar n’échappe pas à cette règle. Sa popularité est probablement due au succès grandissant des thèmes écologistes dans la société. De même, la critique de la colonisation du monde par les Européens a mené un grand nombre d’acteurs à critiquer l’occidentalisation forcée des peuples premiers dans un but d’enrichissement et de pillage des ressources naturelles.

Avatar est donc le miroir des réflexions idéologiques dominantes de l’humanité au début du vingt-et-unième siècle. L’espace, et en l’occurrence une planète lointaine, est le théâtre idéal pour traiter de ces sujets avec une certaine hauteur de vue, par la voie de l’imaginaire et de la métaphore. La figure de l’extraterrestre est dans ce cas une victime de l’humanité, présentée comme un bon sauvage doté d’une conscience et d’une sagesse supérieure que les colons devraient apprendre à mieux connaitre. La guerre entre les humains et les Na’vis rappelle que les Américains ont exterminé les Indiens, et que les Japonais continuent à chasser les baleines, espèce pourtant en voie d’extinction. L’extraterrestre est une nouvelle fois un moyen de se représenter l’altérité radicale à notre culture. Il n’est plus perçu comme une menace monstrueuse, comme dans les nombreux films d’invasion de la Terre par des êtres venus de l’espace, mais comme la victime d’une humanité ayant mené sa planète à l’agonie en raison de ses excès. Avatar est donc avant tout le révélateur d’une humanité, et plus particulièrement d’une Amérique, remettant en question le bien fondé de sa superpuissance technoscientifique à l’heure du renouveau des ambitions spatiales des acteurs du New Space.

Thomas Michaud

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