Fugitive Mind, un film sur la manipulation mentale

Fugitive Mind, États-Unis, 1999

Fugitive Mind, sorti en 1999, met en scène Robert Dean, un employé d’une multinationale de haute technologie nommée Dencom. Il est victime de cauchemars inexplicables, dans lesquels il assassine un homme politique important. Convié à une visite médicale, le médecin lui annonce qu’il doit procéder à des examens complémentaires. En fait, il est victime d’un complot visant à l’utiliser pour commettre un crime abominable. Il a été enlevé trois semaines auparavant alors qu’il sortait avec sa petite amie Suzanne Hicks elle aussi séquestrée. Les scientifiques de Dencom effectuent des expériences sur les implants mémoriels, le lavage de cerveau et le clonage. Le docteur Chamberlain, qui dirige ces pratiques, souhaite faire assassiner le sénateur, qui cherche à couper les subventions publiques à des entreprises comme la sienne. Véritable savant fou, il met fin à ses jours à la fin du film, quand son complot échoue. En effet, après que Robert et Suzanne ont pris la fuite, et que Suzanne ait rappelé sa véritable identité à Robert, qui avait tout oublié, il est capturé à nouveau et les scientifiques lui injectent un implant mémoriel censé le pousser à assassiner le sénateur. L’homme est programmé pour être un tueur. Son profil n’a pas été choisi au hasard. Ancien tireur d’élite de l’armée, il n’a pas de famille et peut donc être enlevé sans problème. Finalement, l’amour est plus fort que tout, et alors que Robert est prêt à passer à l’acte, Suzanne parvient à le ramener à la raison.

Ce film décrit une situation particulièrement dramatique pour ces cobayes d’une entreprise démoniaque. Comme souvent dans la science-fiction, un acteur privé décide de mener des expériences interdites, dans le but de s’enrichir. Le docteur Chamberlain, avant de se suicider, écrit une lettre affirmant qu’il a fait tout cela pour le bien de l’humanité. Mais il a bel et bien rompu le serment d’Hippocrate en consacrant sa connaissance en médecine à la mise au point de technologies au service du Mal. Le clonage est implicitement condamné, car souhaité par un savant présenté comme dangereux. Le lavage de cerveau, et les implants mémoriels, apparus dans la science-fiction dans les années 1950 et 1960, est un sujet très fréquent dans les films et les romans. Une des œuvres les plus influentes dans le registre des implants mémoriels est la nouvelle Total Recall de Philippe K. Dick, publié en 1966. Implanter des souvenirs et laver le cerveau d’une personne est présenté comme un moyen de manipuler un individu, de le soumettre à son autorité, en l’occurrence à des fins immorales. Ce film montre cette technologie sous un angle négatif. À la fin du film, les éléments mémoriels insérés dans l’esprit de Robert sont effacés et il retrouve son identité originelle. La machine est aussi détruite sur ordre du sénateur, et les chercheurs responsables de son utilisation sont incarcérés.

Si le film Total Recall, sorti en 1990, a popularisé le concept d’implant mémoriel, l’idée a fait son chemin dans la communauté scientifique. Les implants hippocampiques aident par exemple les personnes souffrant de troubles de la mémoire en stimulant les neurones de l’hippocampe. L’implant cortical stimule quant à lui les neurones du cortex préfrontal, qui aide à la prise de décision notamment. Il est utilisé pour traiter les personnes non voyantes ou les patients atteints de démence. Les implants cérébraux ont réalisé des progrès importants ces dernières années, et les recherches devraient permettre d’accroitre encore les bienfaits médicaux de cette technologie. Toutefois, implanter des souvenirs ou des idées est encore impossible. Les personnes affirmant être victimes d’un complot visant à leur inculquer des pensées sont bien souvent atteintes de schizophrénie. D’ailleurs, Suzanne dans le film est traitée de déséquilibrée quand elle souhaite dénoncer le complot contre le Sénateur. Les individus qui cherchent la ramener dans le centre de recherche de Dencom participent eux aussi au complot contre l’homme politique.

Fugitive Mind participe donc à l’élaboration d’un mythe sectoriel autour des neurotechnologies. Le sujet était à l’époque relativement émergeant, et s’est par la suite développé dans de nombreuses autres fictions. Comme souvent, la science-fiction présente cette technologie sous un angle négatif. Cette posture vise à provoquer une réflexion éthique, incitant le spectateur à imaginer les conséquences néfastes d’une telle innovation. Un tel film diffuse un sentiment paranoïaque à l’encontre des entreprises effectuant de la recherche et développement, notamment dans le secteur médical. C’est souvent le cas dans la science-fiction. D’un côté, cet imaginaire cristallise les angoisses populaires à l’encontre de la technoscience, un grand nombre d’individus étant hostiles à la science dans la société américaine, agrémentant leur discours d’une dose de complotisme paranoïaque auquel le film Fugitive Mind participe activement. D’un autre côté, il constitue une critique du progrès scientifique, condamnant moralement des expérimentations menant à des dérives liberticides et contraires à l’éthique de la recherche.

Thomas Michaud

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